• « Les membres de "La Vague" ont coutume de se reconnaître et de se rassembler en faisant un signe horizontal des bras légèrement ondulant, d’où leur nom. On croirait voir nos socialistes hollandisés ! », dit un article d'Atlantico.

    Ce n'est certes pas très charitable de tirer sur une ambulance (voir ici et ici)... mais, en l'occurence, le signe de ralliement à François Hollande est, effectivement, fort ridicule. Toutefois, le rapprochement ci-dessus ne l'est pas moins !

    Les deux gestes ne se ressemblent pas vraiment. Qui plus est, La Troisième Vague ne fut pas réellement un mouvement fasciste, mais plutôt une expérience à but pédagogique. On n'a cessé, à raison, d'accuser la gauche de faire des raccourcis faciles à propos de Sarkozy, ce n'est pas pour faire la même chose à l'envers. Quel progrès ce serait !

    L'avis suivant, en revanche, est malheureusement des plus pertinents : « C’est un signe supplémentaire de l’acculturation de notre classe dirigeante qui, devant une caméra et à la suggestion de conseillers en com’, est prête à faire à peu près n’importe quoi. »


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  • Je lis, dans Le Figaro, un titre triomphant annonçant que le déficit budgétaire de l'État a été réduit en 2011, par rapport à ce qui était attendu.

    Bonne nouvelle, dirait-on. Néanmoins :

    1. le déficit existe toujours (5,5% du PIB de 2011, près de 91 milliards d'euros : ce n'est pas rien) ;

    2. il existe malgré le tour de vis fiscal imposé par le gouvernement, par exemple sur les entreprises...

    Comme aucune réforme sérieuse n'est mise en œuvre dès maintenant, la hausse de la fiscalité ne règle rien. Cela me rappelle le moment où on voulait nous faire avaler que faire des économies, c'était augmenter les impôts... Jusqu'où faudra-t-il donc payer ?


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  • Dans un précédent billet, je raillais la prétendue dictature des agences de notation. Toutefois, il ne faudrait pas en conclure qu'aucune réforme n'est nécessaire en France.

    En fait, il s'agissait de pointer du doigt l'usage politicien qui est fait du rôle des agences de notation. Certains se posent commodément en Astérix anti-finance (tout irait si bien sans ces satanées agences), d'autres en usent pour pointer un doigt accusateur sur le pouvoir (c'est la faute à Sarko, votez pour moi !), d'autres enfin jouent le registre apocalyptique (si vous ne cédez pas, c'est la mort de la France !).

    Toutes ces attitudes me paraissent ridicules. À chaque fois les agences servent d'épouvantails détournant l'attention des problèmes réels.

    La France va mal depuis quarante ans ; c'est la déconfiture de son modèle social qui rend impérieux le changement. La crise des subprimes n'est qu'un accident étranger dont l'effet est simplement de rendre cette nécessité plus criante.


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  • Dans son premier discours de campagne, hier au Bourget, François Hollande a favorablement mentionné le programme de la Résistance ; Stéphane Hessel est d'ailleurs l'un des soutiens de sa campagne.

    Or, on se souvient que Hessel accuse Nicolas Sarkozy de trahir ledit programme. Selon Hessel, et ses comparses, nous devrions tous nous plier à des idées vieilles de plus de soixante ans, sur lesquelles s'est accordé un petit comité de personnes que la plupart d'entre nous ne connaît pas, sans que personne d'autre, ni alors ni aujourd'hui, n'ait été véritablement consulté...

    Cela me fait irrésistiblement penser à ces propos radicaux, mais implacables, qu'écrivit Lysander Spooner en 1870, dans No Treason - The Constitution of No Authority¹ :

    La Constitution n'a nulle autorité ou obligation qui lui soit inhérente. Elle n'a nulle autorité ou obligation quelle qu'elle soit, si ce n'est comme contrat entre un homme et un autre. Or, elle ne prétend même pas être un contrat entre personnes actuellement vivantes. Au plus, elle prétend être un contrat conclu entre des personnes qui vivaient il y a quatre-vingts ans. Encore ne peut-on lui supposer alors la qualité de contrat qu'entre des personnes qui avaient déjà atteint l'âge de discernement, de manière à être aptes à faire des contrats raisonnables et qui les obligent. En outre, l'histoire nous l'apprend, seule une faible portion des personnes qui vivaient alors ont été consultées sur le sujet, ou interrogées, ou autorisées à exprimer leur accord ou leur désaccord de façon quelque peu formelle. Les hommes, s'il y en eut, qui donnèrent bien leur accord formel sont tous morts aujourd'hui. Pour la plupart, ils sont morts depuis quarante, cinquante, soixante ou soixante-dix ans. Et la Constitution, parce qu'elle était leur contrat, est morte avec eux. Ils n'avaient ni le pouvoir naturel ni le droit naturel de rendre cette Constitution obligatoire pour leurs enfants.

    Spooner parlait de la constitution des États-Unis ; remplacez par « programme de la Résistance » et vous avez compris.

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    ¹ Publié en 1991 par Les Belles Lettres sous le titre Outrage à chefs d'État, dans la collection Iconoclastes. Une lecture vivement conseillée, qui ravale le « résistant » Hessel au rang d'imposteur plaisantin.


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  • Le modèle social français dans le programme d'éducation civique de 5ème

    Le nouveau programme (PDF) d’éducation civique de 5ème, entré en vigueur en septembre 2010, est construit autour de trois notions : la diversité, l’égalité et la sécurité. L’objectif affiché est que les élèves perçoivent et comprennent l’articulation qui existe entre ces trois notions et, qu’à la fin de l’année, « chaque élève [soit] capable d’identifier les valeurs essentielles permettant de vivre en société ».

    La seconde partie du programme étant axée sur l’égalité, elle donne un aperçu du système social français, et donc de l’idéologie qui le sous-tend ; c’est pourquoi je m’attacherai à cette partie du programme.

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    L’intitulé de cette partie du programme est révélatrice des ambitions : « L’égalité, une valeur en construction ». Il s’agit bien, nous le reverrons par la suite, de projeter les élèves dans un processus dynamique ; l’égalité étant une valeur en construction, elle n’est jamais atteinte et les élèves doivent prendre conscience qu’ils devront, une fois devenus des citoyens à part entière, œuvrer sans relâche à sa défense et à son accomplissement. Il va sans dire que cette approche programmatique et, pour ainsi dire, militante ne concerne pas réellement l’égalité devant la loi. Celle-ci est bien sûr abordée dans les manuels – ne serait-ce que parce qu’ils font référence à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 –, mais les programmes officiels sont on ne peut plus clairs sur l’interprétation à donner : « Valeur construite dans le temps, l’égalité républicaine est déterminante pour compenser et corriger les inégalités ».

    C'est dans cette phrase que transparaît le plus clairement l'orientation idéologique du programme. Il me semble évident que le sens que les programmes donnent au terme « égalité » est majoritairement le sens socialiste, tandis que son acception libérale est presque totalement évacuée. L’accent est mis sur la lutte contre les inégalités, ouvrage infini, dans un véritable hold up sémantique, puisque l’égalité telle qu’entendue en 1789 renvoyait à l’égalisation devant la loi, et non à l’égalisation des conditions.

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    Cette seconde partie du programme, consacrée à l’égalité, est divisée en deux thèmes déroulant le fil idéologique précédemment défini. Le premier thème a pour titre « L’égalité : un principe républicain ». Les connaissances que doivent acquérir les élèves sont ainsi présentées : « L’égalité est un principe fondamental de la République. Elle le résultat de conquêtes historiques progressives et s’inscrit dans la loi. » L’ordre républicain est donc défini comme l’ordre qui permet la traduction dans les lois du processus de conquête de l’égalité. Cela conduit à présenter comme indiscutable le fonctionnement du système social actuel, comme l’exprime clairement la démarche prescrite aux enseignants : « L’étude est centrée sur le rôle de la redistribution dans la réduction des inégalités. La fonction de la fiscalité et de la protection sociale est explicitée à partir d’exemples : progressivité de l’impôt sur le revenu, principes de la sécurité sociale. Le principe de contribution est un aspect décisif de la responsabilité individuelle. » Aucune partie critique n’est prévue. Il n’est pas demandé aux élèves de s’enquérir des éventuels défauts du système, ni des possibles débats qui l’entourent, encore moins d’amorcer une réflexion sur les présupposés idéologiques qui le justifient ; l’éducation civique n’a pas pour objectif d’éveiller l’esprit critique des élèves.

    Le second thème porte sur la « Responsabilité individuelle et collective dans la réduction des inégalités ». Il prolonge visiblement le premier, dont le but est de susciter la soumission volontaire au système sociale en place. Ici, il s’agit d’impliquer plus personnellement les élèves en essayant de susciter chez eux un engagement « citoyen » (selon le néologisme consacré) : chacun est, à titre individuel et collectif, responsable de la lutte contre les inégalités, c’est là un objectif qu’il incombe à tous de vouloir poursuivre ; le programme idéologique de la République doit devenir le programme personnel de chacun. Les connaissances à transmettre sont ainsi présentées « Les inégalités et les discriminations sont combattues par des actions qui engagent les citoyens individuellement et collectivement. Les politiques visant à lutter contre les inégalités et les discriminations font l'objet de débats entre les citoyens, entre les mouvements politiques et sociaux. » La démarche indiquée consiste à étudier trois exemples : le cas de l’égalité homme-femme (qui est imposé), complété par les « exemples d'un service public et d’une action associative ».

    La mention de débats suggère que, même en 5ème, il est possible d’envisager ce type d’approche. Mais la lecture des manuels montre que cette possibilité n’est presque pas mise en œuvre. On comprend dès lors que, les objectifs étant considérés comme incontestables, il est d’autant moins possible de les mettre en débat qu’ils sont placés aux fondements de l’État républicain concepteur des programmes…

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    Cet aperçu de l'éducation civique telle que conçue pour la 5ème en montre clairement le caractère endoctrinant. En l’état, elle n’encourage pas plus une connaissance objective et non manichéenne de notre organisation sociale qu'une démarche rationnelle et réflexive à son égard. Comment, en effet, concevoir des doutes devant les idéaux si beaux que les programmes mettent en avant ? Je perçois pourtant deux confusions intellectuelles induites par ce programme. D’une part, on introduit l’idée que la solidarité se confond avec la réduction des inégalités – alors que ce sont deux objectifs différents. D’autre part, on associe dans une sorte de synthèse républicaine – en réalité inégale – les « droits de » et les « droits à » ; la critique marxiste des Droits de l’Homme comme « droits de l’homme bourgeois » est donc juxtaposée auxdits Droits de l’Homme, comme si la contradiction de départ ayant fait sortir celle-là de ceux-ci n’existait pas…

    Il est normal, sans doute, qu’un enseignement civique s’attache à décrire le fonctionnement de la société tel qu'il est. Mais quitte à cela, il semblerait logique d’introduire les élèves aux débats qui animent cette même société, afin qu’ils puissent progressivement les comprendre puis s’y insérer pleinement une fois devenus adultes. Ne serait-ce pas la moindre des choses dans une démocratie ? Il semblerait plutôt que le but soit de fixer les limites dans lesquelles l'esprit civique doit se développer, et ce sont des limites bien à gauche.

    < Vers l'introduction


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  • « La crise française est une crise d'intelligibilité. »

    Jacques Lesourne¹

     

    Pour Jacques Lesourne, la crise que traverse la France² provient d'une incompréhension généralisée des évolutions de notre époque : incompréhension du passage à une société de l'information, incompréhension de la mondialisation, incompréhension, enfin, des évolutions démographiques. Non seulement le défaut porte sur la nature de ces transformations, mais également sur ce qu'elles impliquent quant au si fameux « modèle français ».

    Cette crise générale d'intelligibilité rend extrêmement difficile toute adaptation. Car les enjeux n'étant pas clairement cernés, ni les remèdes correctement discernés, toute réforme apparaît comme l'insupportable remise en cause d'acquis ressentis comme uniques au monde et dépeints comme le fruit de luttes sociales plus braves les unes que les autres. Le fétichisme des moyens prend le pas sur l'intelligence des fins et, dans la crispation généralisée qui résulte, il devient presque impossible d'admettre qu'un autre modèle est possible - pour parodier un célèbre slogan.

    D'où des politiques à la petite semaine, où le rafistolage d'urgence l'emporte sur la vision d'ensemble, cependant que, bien entendu, les causes structurelles n'éyant pas été attaquées, les ennuis ne font qu'empirer. C'est pourquoi il importe d'essayer d'expliquer comment il se peut qu'un pays comme la France, pourtant non dépourvu d'intelligences, puisse s'empêtrer de la sorte dans cette impasse.

    Puisqu'il est question d'intelligibilité, c'est-à-dire de faculté de compréhension et, finalement, d'esprit critique, et puisque le mal s'étend à la Nation entière, il me semble qu'on doive interroger l'institution chargée d'instruire et d'éduquer les masses. C'est ainsi que l'on peut s'apercevoir de l'endoctrinement idéologique dont se rend coupable l'Éducation nationale.

    Cette question n'est pas neuve³. Mais de nouveaux programmes sont depuis entrés en vigueur ; il est bon d'y jeter un petit coup d'œil. C'est ce que je me propose de faire dans un série de billets prenant pour exemple le programme d'éducation civique de 5ème, et celui d'histoire de 4ème. Ce sera également l'occasion de  parler des manuels.

    Le premier billet sera publié lundi.

     

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    ¹ Le Modèle français. Grandeur et décadence, Odile Jacob, 1998, page 13.

    ² Je parle, bien sûr, de la crise générale dont souffre le pays depuis maintenant quatre décennies, et non de la crise des subprimes qui n'a rien à voir - mais qui se surajoute.

    ³ Voir, par exemple, Barbara Lefbvre, Ève Bonnivard, Élèves sous influence, Louis Audibert Édition, 2005 (que je n'ai pas lu), ou un article (en PDF, ici) du n°42 (« Manuels scolaires et passé communiste à "l'Est" et en France ») de la revue Histoire et Liberté, publiée par l'Institut d'Histoire sociale, ou encore ces articles du Monde et du Québécois libre.


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  • « Je suis le candidat de la résistance face aux agences de notation. »

    Jean-Luc Mélenchon, à Nantes, le 14 janvier 2012.

     

    On s'en prend s'en arrêt aux agences de notation ; elles seraient cause des déboires que nous traversons ; elles symboliseraient la domination sans partage de la finance toute puissante ; il se conçoit finalement contre elles, une hostilité haineuse et grandissante...

    Pourtant, la France fut notée triple A dès ses premières évaluations, quelle que soit l'agence considérée : depuis 1975 chez Standard and Poor's, 1979 chez Moody's et 1994 chez Fitch. D'ailleurs, 1975 est la dernière année d'équilibre budgétaire : depuis lors, les déficits se sont enchaîné. La France n'en obtenait pas moins son excellente note et, bizarrement, vous n'entendiez pas grand monde pour dénoncer le sale travail des agences de notation, ces affameuses des peuples...

    Par ailleurs, seule Standard and Poor's a dégradé la note souveraine de la France ; pour le moment Fitch et Moody's restent attentistes. Difficile, donc, de les mettre toutes dans un même sac. Qui plus est, est-ce si sévère de faire perdre un cran ? Surtout quand on sait que, reproduisant la méthodologie de l'agence, Natixis conclut à une dégradation de deux crans ?

    Ensuite, les taux pesant sur la dette souveraine de la France ont commencé à augmenter bien avant la dégradation (courant 2010 je crois), alors que l'État s'auréolait encore du triple A. La dette française est une fausse valeur depuis longtemps. L'agence Dagong avait d'ailleurs dégradé l'État français fin 2010. On peut donc dire que Standard and Poor's n'a fait que se conformer aux évolutions du marché, sans les avoir provoquées.

    Enfin, l'État français ne semble pas pour le moment beaucoup souffrir de cette dégradation. N'a-t-il pas dernièrement levé plus de 8 milliards d'euros avec des taux en baisse ? On se plaint du taux de l'OAT à dix ans, qui est un peu supérieur à 3%, mais, en 2003, il était de 5%... Ainsi, se faire dégrader semble presque une aubaine, puisque le même phénomène s'est manifesté pour le Japon et les États-Unis.

    Tout cela veut donc dire que les États disposent de marges de manœuvre, contrairement à ce que certaines aiment à crier partout, la tyrannie des agences de notation est un leurre ! C'est simplement que les États doivent gérer ces marges pour les conserver et les élargir.

    Il y a aussi un autre enseignement, sans doute plus piquant. C'est que les marchés financiers ne sont pas davantage à la botte des agences. À se demander, même, pourquoi on leur accorde autant d'attention. Le fait que les évaluations négatives d'États ne les empêchent pas de se financer à bon compte peut aussi s'interpréter... comme un désaveu des agences par les marchés. Ceux-ci semblent bien savoir tirer leurs conclusions tout seuls.


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  • « Ce n'est pas un hasard si en anglais, nous parlons de "banking industry"»

    Hubert Bonin

     

    Vous avez dit désindustrialisation ?

    La crise que nous traversons semble raviver d'antiques nostalgies usinières. Il est vrai qu'on n'y renonça jamais complètement ; elles resurgissaient de temps à autres, dans les paroles fiévreuses et paniquées de quelques histrions de la politique.

    Cette fois-ci, cependant, plus que jamais sans doute, les usiniers zélotes croient leur heure venue. Il est temps ! Les dangers de la finance, l'effondrement de nos exportations, le chômage et les délocalisations ne leur donnent-ils pas raison ? La France étant devenue un désert industriel, il est urgent de renvoyer fissa tout le monde derrière sa chaîne de production...

    George Kaplan (ici et ici) fit justice de ces billevesées, en deux temps : 1° en valeur constante, la production industirelle n'a pas diminué, 2° avant leur externalisation par sous-traitance, beaucoup d'emplois étaient comptabilisés comme industriels alors qu'ils n'en avaient pas les caractéristiques. Mais bon, Kaplan, c'est un libéral, contributeur de ces affreux jojos de Contrepoints. Bref, un méchant pas beau...

    Alors, ça fait toujours plaisir de tomber sur un article comme celui-là.

    Le propos d'Hubert Bonin, c'est de dire qu'il y a aussi imbrication entre les secteurs secondaire et tertiaire : « Aujourd'hui, même la structure industrielle est éclatée entre industries et services. L'usine n'est plus qu'un noyau de logistique. Globalement, les entreprises de services sont celles qui s'industrialisent le plus. » Malheureusement, les mentalités de nos politiques les plus âgés (et Dieu sait qu'en France, papy fait de la politique) sont restées coincées au modèle fordiste, alors que nous en sommes au toyotisme de la troisième révolution industrielle...

    Il est juste de pointer ce décalage entre l'imaginaire et la réalité. Le problème, outre les habituels incovénients des idées fausses, c'est que le secteur tertiaire est dédaigné alors que les entreprises françaises y sont performantes : « Les sociétés françaises de services sont devenues des géants mondiaux. Elles n'ont pas attendu un aval de la part de l'État pour s'adapter et s'implanter partout dans le monde. Elles affrontent la situation économique. On peut ramasser des déchets à Shanghaï avec des sociétés françaises. On peut traiter de l'eau à Dubaï avec une société française. Tous ces groupes gagnent en influence. EDF par exemple, même si elle passe pour une société industrielle, a une activité qui repose pour moitié sur le secteur tertiaire et gagne en présence à l'international. »

    Où l'on voit, en passant, que l'État est encore une fois à la remorque !


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  • « Naturellement, la Dame de fer ne dévia pas du chemin qu'elle s'était tracé. »

    Jacques Leruez

     

    Au Royaume-Uni, vient de sortir dans les salles le film retraçant la vie de Margareth Thatcher. L’occasion de revenir sur cette personnalité politique hors norme, comme le fait Jacques Leruez dans un entretien pour Atlantico.

    Jacques Leruez est présenté comme un spécialiste de la vie politique britannique et auteur de Thatcher, la Dame de fer, à paraître. On peut donc s’attendre à ce qu’il maîtrise son sujet. Évidemment, je ne lui retirerai pas ce crédit, mais une petite chose m’étonne.

    Il semble difficile, voire impossible, de voir l’épisode Thatcher tel qu’il fut, c’est-à-dire un succès salutaire pour le Royaume-Uni, sans immédiatement chercher à en assombrir le tableau. Fût-ce de manière invraisemblable – je dirais même : surtout de la manière la plus invraisemblable possible. C’est ainsi que pour Jacques Leruez, Thactcher est responsable de la crise actuelle. Bien sûr, elle n’est pas seule : elle en partage la triste paternité avec, on s’en serait douté, Ronald Reagan… Rocard aurait pu signer l’article !

    Alors on se frotte les yeux et puis l’on réfléchit. La crise est née, aux  États-Unis, en 2007, dans le secteur immobilier : en quoi ce que Thatcher a pu faire au Royaume-Uni vingt ans auparavant peut y être pour quelque chose ? Leruez ne donne aucune explication claire, ne détaille aucun mécanisme précis, ne fournit aucun exemple concret. En lieu et place, il invoque des généralités (comme la financiarisation et la globalisation) et prétend que les privatisations de Thatcher affaiblirent l’État britannique face aux spéculateurs et aux multinationales (qu’est-ce qu’elles viennent faire là, celles-là ?). « Son slogan de "moins de gouvernement" a été dévastateur », écrit-il. J'ai peine à voir un lien avec la crise des subprimes.

    C’est encore plus affligent à la fin de l’entrevue, lorsque la City, accusée d’être un paradis fiscal, est comparée à un État dans l’État. Il est étrange et peu convainquant qu'à l'appui d'assertions aussi graves, l’auteur ne fournisse aucune donnée précise et se contente de rester dans le vague. La suggestion rhétorique est évidente : il faut faire peur et indigner.

    L’article d’Atlantico n’est, finalement, qu’une nouvelle occasion de mettre en accusation le libéralisme et ses acolytes mondialisation, concurrence et finance, le tout dans un bel amalgame enfumé, rien de bien neuf. Même lorsque l’on fait mine de concéder quelques succès au libéralisme, on s'empresse de suggérer qu’ils n’étaient finalement qu’illusion.

    Cependant, il faut être bien conscient que l’objectif n’est pas d’éclairer un moment passé. Il ne s’agit pas d’histoire. L'objectif est de donner des leçons pour les temps présents. Car, la politique à suivre aujourd’hui n’est pas si éloignée de celle de Thatcher (baisse des dépenses publiques et des impôts en particulier). Vous comprenez alors ce qu'il faut en penser : c’est une méthode dangereuse.


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  • Ça y est, c’en est fait du triple A. En même temps, tout le monde s’y attendait depuis un petit moment… Le plus intéressant, donc, dans cette non nouvelle, ce sont les réactions qu’elle suscite. En particulier, puissante est la tentation de tout mettre sur le dos de Nicolas Sarkozy ; tentation à laquelle, fidèles à eux-mêmes, les socialistes ont cédé sans tarder.

    On le voit nettement dans une sorte d’entretien publié par Le Monde avec Karine Berger. Le plus rigolo, c’est qu’elle est présentée comme « économiste et candidate du Parti socialiste aux élections législatives dans les Hautes-Alpes ». Alors, on ne sait plus très bien qui parle : l'économiste (pas toujours très) professionel, ou bien le politique (très souvent) partial ? Un curieux mélange des genres, source de jolies perles à en faire des colliers.

    C’est ainsi que la perte du triple A est grave, qu’écris-je gravissime. Car c’est « l’image de la France qui est en jeu » ; moi qui pensait bêtement que c’était surtout une question de viabilité des finances publiques… Et puis, c’est bien fait pour Sarkozy que ça lui arrive juste avant les présidentielles, lui qui « porte une lourde responsabilité » dans tout ça. Moi, je me demande bien, quelles que soient les âneries bien réelles de notre président, quelles âneries toutes aussi réelles les socialistes auraient faites s’ils avaient été aux affaires… Question qu’une candidate socialiste ne saurait poser, bien entendu, fût-elle économiste.

    Mais, en même temps, il ne faudrait pas donner l’impression de se plier aux diktats de la finance ; comme le dit par ailleurs Mélanchon, il faut r-é-s-i-s-t-e-r aux agences de notation. D’où cette précaution : « Le triple A, bien sûr, ne doit pas être le Veau d’Or ». Alors c’est très, très grave, mon bon môssieur, mais, en fait,pas tant que cela !

    Les socialistes savent faire d’excellents contorsionnistes quand ils le veulent…

    Autre contorsion rigolote : il faut changer de politique économique. Ah ça oui, parce que c’est bien ce à quoi nous convie Standard and Poor’s. C’est déjà un miracle que des socialistes semblent le comprendre ; d’aucuns prétendaient que nous avions la gauche la plus archaïque du monde occidental, ce serait un avis injustifié : des progrès apparents ont été faits. Malheureusement, ceux-ci s'abîment dans un océan de raisonnements tellement tordus qu’ils en deviennent totalement abscons. Visez, avec bravoure, ce morceau : « Le prochain gouvernement devra à la fois être très rigoureux et contrôler strictement les dépenses publiques, tout en soutenant la croissance et en conduisant la politique fiscale la plus efficace et la plus juste possible. Ce n'est qu'en agissant à ce triple niveau que l'on pourra desserrer l'étau dans lequel nous sommes pris et retrouver un sentier de croissance sans lequel il est vain de prétendre redresser les comptes. » Si l’on résume : tournez à droite tout en allant à gauche cependant que, dans le même temps, vous montez en bas. Parce que, en bonne socialiste, Karine Berger n’aime pas les plans d’austérité (qui ne marchent pas sans croissance économique, y’a qu’à voir en Grèce hein). Mais, en bonne économiste, elle sait bien qu’il faut maîtriser les déficits publics – et puis, il faut bien faire cas de la note financière puisqu’on en fait grief à Sarkozy. Comment faire pour concilier les deux positions ? Eh bien  tournez à droite tout en allant à gauche cependant que… Elémentaire, non ?

    Toutefois, il existe une bonne vieille technique pour faire passer la pilule de l’incohérence. Il est suffisant de dénoncer un bouc émissaire, en l’occurrence (pour varier) le mal aimé Nicolas Sarkozy. C’est que le méchant a renforcé le bouclier fiscal, allégé les droits de succession, il a amputé les recettes de l’Etat « avant même la crise » (comme s’il avait pu la deviner…). Et là, on se demande : what’s the fuck !? Où est le putain de lien ? Croit-on vraiment que ces recettes  « perdues », si elles avaient été engrangées, auraient servi à autre chose qu’aux dépenses inutiles mais indispensablement dispendieuses que la France affectionne ? Auraient-elles, au hasard, servi à réduire l’endettement public pour anticiper une crise que, de toute façon, presque personne n’avait vu venir ? Facile, quand l’histoire est faite, de distribuer les blâmes. Karine Berger saute simplement sur une occasion en or pour refourguer l’habituelle rengaine socialiste de la « justice » fiscale, du cadeau fait aux riches, etc.

    Ce qui devient franchement drôle, c’est qu’en face de cette logique fantasque, il y a Jean-Marc Daniel. C’est saisissant, le contraste qui existe entre ces deux économistes. Là où Karine Berger mixe une approche d’économiste avec des enjeux politiciens, Jean-Marc Daniel se montre bien plus sobre, expliquant « l’économie-spectacle » d’une part des agences de notations, qui ne font que dire tout haut et souvent avec retard ce que tout le monde sait déjà, d’autre part des « responsables politiques, prompts à interpréter la perte du triple A comme l'échec de Nicolas Sarkozy et à s'en prendre aux agences de notation ». (Et Karine Berger nous en livre un bel exemple, d’économie-spectacle.) Il ne sombre pas dans des amphigouris visant à marier la carpe et le lapin : supprimer 90 milliards de déficit structurel, et pour cela faire « un effort de 20 milliards par an pendant la durée du prochain quinquennat en engageant la baisse de la dépense » ; intensifier la concurrence sur le marché du travail, car « On ne lutte pas contre le chômage en préservant la situation des salariés en place » ; encourager l’innovation ; oublier la TVA sociale, etc. Bref, « il faut assumer la rigueur. » C’est clair, net, sans détour.

    Les deux économistes admettent qu’il faut « changer de politique économique ». Mais force est de constater que là où pour l’un cela veut vraiment dire quelque chose, pour l’autre, il s’agit surtout de continuer tout presque comme avant, mais en disant que l’on fait autrement. Notre gauche, peut-être bien, reste finalement la plus archaïque du monde occidental…


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