• Comment peut-on être de droite ?

    Voilà une question qu'on peut se poser. L'hégémonie culturelle de la gauche est si forte, qu'elle a imposé ses évidences : qu'est-ce qui peut bien justifier l'existence de la droite ? La réponse,  Paul François Paoli la développe dans un livre paru en 1999, Comment peut-on être de droite ?, chez Albin Michel. Il expose les raisons qui justifient l'existence d'une droite sûre d'elle et de ses valeurs. Recension en deux parties.

    1.

    La prospérité du FN

    Paul François Paoli décrit d'abord comment, dans les années 1980, la gauche fut  responsable de la montée en puissance de l'extrême droite. (On verra, dans un second temps, qu'il n'est pas avare de reproches envers la droite non plus.)

    Dès après 1945, la gauche marxiste s'employa à disqualifier comme fasciste « tout un pan des valeurs conservatrices [...], discrédité par l'usage qu'en avait fait Vichy. » On retrouve-là la bien connue stratégie de terrorisme intellectuel reposant sur le maniement tétanisant de la reductio ad hitlerum. Mais, à cette époque, le charisme gaullien contrebalançait, dans l'opinion, ce matraquage mensonger.

    Puis vint l'effondrement du communisme et le reflux du marxisme. Cette évolution s'accompagna de la monté en puissance du PS. Alors, littéralement, la gauche changea de peuple. Elle troqua celui des usines et du Front populaire pour celui que Mai 68 avait porté sur les fonds baptismaux, « plus en phase avec l'air du temps, plus jeune et plus féminin, plus branché en diable » (p. 79). Le langage de la gauche glissa, délaissant la question sociale pour les questions sociétales (la causes des minorités et des immigrés, le droit à la différence), tout en embrassant un individualisme transgressif et hédoniste.

    Or, cette rupture d'avec le peuple sociologique se produisit au moment même de la montée du chômage et de l'apparition d'une immigration familiale. Dans ce hiatus, se constitua un fertile terreau pour le Front national.

    C'est là qu'un « grand tacticien », François Mitterrand pour ne pas le nommer, parvient à « "ringardiser" l'idée même de droite auprès de la jeunesse et de la petite-bourgeoisie intellectuelle » (pp. 80-81). C'était pourtant le moment où la droite intellectuelle tentait de relever la tête, estime Paoli, avec, par exemple, Louis Pauwels et Le Figaro Magazine. (On se souviendra de l'épisode, en 1986, du sida mental, un autre exemple de ce genre de scandales qui sait si bien provoquer la gauche.)

    Tétanisée, la droite politique laissa la gauche instrumentaliser le FN pour son propre profit. « Les caciques de la droite, au lieu de se faire respecter en pensant ce qui les rendait nécessaires, ont trop souvent voulu devenir respectables aux yeux d'un pays virtuel, celui des médias, de moins en moins en phase avec la France du chômage et de la désillusion politique » (p. 54). (Là, on pense au psychodrame autour de l'élection de Charles Millon, lors des régionales de 1998.)

    Et c'est ainsi que prospéra le FN.


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