• Comment peut-on être de droite ? (suite et fin)

    2.

    La critique du néolibéralisme

    Voici la suite, avec un long retard, du billet de lecture du livre de François-Paul Paoli, Comment peut-on être de droite ? (la première partie est ici). Il m'a semblé très opportun de le confronter avec un texte incisif d'Hayek, « Pourquoi je ne suis pas un conservateur ».

    C'est que François-Paul Paoli s'en prend vertement à ce qu'il nomme le néolibéralisme, lequel mettrait en avant une logique « panlibérale ». Par ce terme, il veut dire que ce libéralisme d'un nouveau genre « renvoie au second plan le contrat qui fondait implicitement le lien social, à savoir la nation » (p. 115). Libéralisme d'un nouveau genre que l'auteur trouve infiniment plus radical que le libéralisme classique, compatible, lui, avec le centre-droit, rompant « avec la tradition tocquevillienne qui non seulement s'abstenait de jeter un sort à l'État, mais ne considérait pas l'Individu souverain comme la Fin en soi de la civilisation » (p. 115).

    L'auteur ne goûte guère la liberté que le néolibéralisme confère aux individus, affranchis de toute servitude collective. Cette liberté s'anéantirait dans la vulgarité mercantile du marché tout puissant.  Il ne souffre pas que nations et religions soient rangées au chapitre des mythes (p. 117). Il dénonce une convergence libérale-libertaire, li-li pour les intimes, qu'il voit tout particulièrement dans Mai 68 et ses suites...

    Ces vues grossières manquent un détail capital. Les véritables libéraux n'entendent pas transformer la société selon leur morale personnelle. Leurs souhaits se bornent à pencher pour l'instauration d'une société où chacun, dans le strict respect des autres, pourrait vivre selon ses propres normes. Comme l'écrit Hayek, « aux yeux d'un libéral, l'importance qu'il attache personnellement à certains objectifs n'est pas une justification suffisante pour obliger autrui à les poursuivre aussi. » La façon dont vous voulez vivre importe peu au libéral authentique, pour peu que vous lui fichiez la paix. Cela est bien différent de la Gauche en général, véritable intolérante, pétrie de certitudes, très peu encline à accepter qu'existe autre chose que ce qu'elle conçoit. (On trouve un exemple évident de cette caractéristique dans le saccage de l'Éducation nationale : un libéral authentique ne s'offusquerait pas que certains veuillent expérimenter de nouvelles pédagogies, mais la Gauche, montrant une réelle incapacité à laisser des choses lui échaper, veuillant tout régenter, tout ployer à ses idées, tient par dessus tout à imposer ses inepties pédagogistes à la nation entière.)

    Ce que les gens comme Paoli ne peuvent comprendre (ou bien le comprennent-ils trop bien, sans pouvoir cependant s'y résoudre), c'est qu'ils sont condamnés à perdre. Une réflexion de Hayek est très révélatrice : « Le conservatisme peut, par sa résistance aux tendances prédominantes, ralentir une dérive indésirable, mais il ne peut empêcher que la dérive persiste, puisqu'il n'indique aucun autre chemin. C'est pour cela que son destin a été d'être entraîné invariablement sur une route qu'il n'avait pas choisie. »

    L'expérience prouve avec éloquence, en France même, que la Droite ne fut jamais capable d'empêcher les évolutions progressistes que son conservatisme récusait pourtant. Il en découle que chaque génération nouvelle de conservateurs en en réalité plus avancée que la précédente... Le conservatisme est mort et ne peut se préserver qu'en tant qu'éthique personnelle, non comme projet global de société. Ou bien lui faudrait-il s'armer d'une capacité de répression et de censure qui ne serait guère plus tolérée aujourd'hui.

    Bien le comprendre, c'est hausser les épaules lorsque l'auteur se lamente de la médiocrité intellectuelle de la Droite : « Croyant au bon sens conservateur des Français, la droite politique s'est longtemps crue dispensée de théoriser. [...] Ce qui lui aura valu le titre, pas toujours injustifié, de "droite la plus bête du monde" » (p. 53). Malheureusement, la voie que semble désigner l'auteur est une impasse, elle condamne la Droite à n'être que la remorque traînante de la Gauche, sorte de voiture-balai ramassant les attardés du progrès. Rien que de très déprimant ; si l'on tient à s'opposer à l'impérialisme de la Gauche, ce n'est certainement pas en se perdant dans des combats d'arrière-garde.

    À la question de Fraçois-Paul Paoli, nous avons donc désormais la réponse ; elle ne siérait certes pas à l'auteur. Comment être de droite ? En étant libéral bien sûr !


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