• Entre les paroles et les actes, on le sait bien, il y a loin. Néanmoins, à système constant, il y a de bonnes idées.

    Il est clair qu'il faut considérablement améliorer la scolarisation au primaire. Il est trop difficile de rattraper ensuite des élèves distancés, dégoûtés et accoutumés à l'échec.

    La formation des enseignants est plus qu'indigente ; sur ce point, sous prétexte d'économies et de guerre aux sciences pédagogiques, l'UMP a fait un vrai saccage ! On n'apprend même pas aux enseignants à gérer la difficulté scolaire... Le système entier fonctionne comme s'il ne s'adressait qu'à des élèves motivés et adaptés : une fiction.

    Alléger les journées de cours est nécessaire. Elles sont trop longues, exténuantes pour les personnels comme pour les élèves, particulièrement en zone prioritaire. Surtout, toutes les activités de remédiation et de soutien sont reléguées en fin de journée, quand personne n'en peut plus et quand tout le monde veut rentrer chez soi.

    Dommage, en revanche, qu'on ne pense toujours pas à restaurer la liberté scolaire. Ce devrait pourtant être l'un des tous premiers droits. Elle permettrait une plus grande souplesse et une plus grande inventivité pédagogique. Dommage aussi qu'on ne remette pas en cause le système frelaté de la cogestion syndicale.

    Certaines mesures m'inquiètent, comme cette histoire de formation commune pour tous les enseignants, quel que soit leur niveau... Un professeur du collège ne fait pas la même chose qu'un professeur des écoles ou d'université : ils ne peuvent avoir une culture commune.

    En tout état de cause, il faut bien finir par régler cette crise de l'enseignement en France.


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  • Je ne sais pas s'il convient de sanctionner le député Letchimy, pour l'affligent discours qu'il a tenu contre Claude Guéant. Le spectacle auquel il s'est adonné hier, n'était guère élégant, ni des plus fins. Néanmoins, n'ayant sans doute fait qu'exprimer une profonde blessure, et n'ayant en tout cas pas appelé à la violence, des mesures disciplinaires seraient excessives. C'est le libéral qui parle !

    Messieurs Letchimy et Guéant ont tous deux demandé des excuses. Mais il me semble que la politesse voudrait que ce soit Guéant qui les reçoive (ce qui n'arrivera pas, bien entendu). Il y a, en effet, une grande différence. Dans son discours, Guéant ne prit personne à parti, ni ne désigna quiconque à la vindicte, à la colère ou à l'hilarité générale ; son propos ne s'adressait même pas à ce député Letchimy en particulier ; il se bornait à exposer des opinions, tout en soulignant leur différence avec celles du camp opposé.

    L'incident Letchimy, en revanche, visait nommément et publiquement Claude Guéant. Jean-Marc Ayrault prétend plaisamment que nul n'a « été traité de nazi ou de concentrationnaire »... C'est se moquer du monde : plusieurs mots employés étaient insultants, ne serait-ce que par amalgame et insinuation. Or, quand on insulte quelqu'un, ce qui n'est pas partager un avis, la politesse commande de s'excuser.

    Le sommet du ridicule, comme souvent, est atteint par Ségolène Royal, qui dit « Je connais bien Serge Letchimy : il est descendant d'esclaves, il a la légitimité de poser une question sur le sens de la civilisation ». La belle affaire ! Il se trouve que je suis également déscendant d'esclaves, et pourtant je ne suis absolument pas choqué par les propos de Guéant ; les socialistes ont parfois une drôle de manière de se légitimer. À rebours, Ségolène Royal est-elle en train de dire qu'il faut être descendant d'esclave pour avoir « la légitimité de poser une question sur le sens de la civilisation » ? Bref...

    Pour finir avec cette histoire, je suis vraiment scotché par l'apparente incapacité des socialistes à comprendre le simple sens des mots. Guéant a parlé de civilisation. Mais en face, on comprend individus. D'où le procès en racisme. D'où Letchimy citant Montaigne : « chaque homme porte la forme entière d'une humaine condition ». D'où, encore, Arnaud Montebourg commentant : « la vérité c'est que quand vous décidez de dire qu'il y a des hommes qui sont supérieurs aux autres, ça veut dire que vous décidez de faire le tri. » Etc.

    Si Guéant cherchait le coup d'éclat électoraliste, alors la gauche aura joliment donné dans le piège...


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  • Hier, je suis tombé par hasard sur le dernier livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg, La Fabrique de la défiance. J'avais gardé bon souvenir d'un précédent, Le Chômage, fatalité ou nécessité ? Alors je l'ai acheté, d'autant plus qu'il y est question d'école.

    Ne l'ayant pas encore lu, je ne jugerai pas son contenu. Mais d'emblée, les auteurs sont très critiques. Je conjecture qu'ils estiment que l'école prépare et entretient la société de défiance qu'est devenue la France...

    Comme cela fait six années pleines que j'enseigne l'histoire-géographie, la plupart du temps en zone difficile, cette idée me touche. Or, j'ai constaté une chose qui me paraît hallucinante et dont je ne parviens toujours pas à comprendre la possibilité matérielle.

    C'est tout bonnement que les élèves n'apprennent pas. Vous pouvez littéralement passer une année entière à leur répéter la même chose, et de toutes les manières possibles, arrivé à la fin, c'est exactement comme si vous n'aviez rien dit. Une année pour rien ou presque.

    Le savoir que vous entendez leur transmettre, leur glisse dessus comme l'eau sur le duvet du canard... À se demander si le mot d'élèves à encore une réalité.

    C'est si vrai que certains se sont même abêtis durant les quatre années du collège ! C'est profondément décourageant. Certes, il s'en trouve bien quelques-uns pour avoir retenu quelque chose, mais, dans la plupart des cas, cela figure quelques atomes dans l'univers !

    L'Éducation nationale, au moins dans les zones sensibles, est un exemple magnifique et consternant d'improductivité ; compte-tenu du nombre de personnes qu'elle "forme", je veux bien croire les auteurs que l'effet est désastreux sur l'ensemble du corps social.


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  • ...quand il entre à la Cour des comptes ?

    Franchement je me le demande, depuis que la Cour a remis à Sarkozy un rapport sévère sur la dette : les deux tiers de l'effort reste à faire, même en prenant en compte les plans de rigueur déjà lancés.

    Ces plans ont trop favorisé, dit la Cour, les hausses d'impôts, et pas assez la diminution des dépenses. Pour y remédier il faut :

    - redéfinir le rôle de l'État ;

    - prolonger le gel de la valeur du point de la fonction publique ;

    - ralentir le dépenses des scollectivités en réorganisant les échelons administratifs et en stabilisant les effectifs ;

    - desindexer les retraites ;

    - baisser le prix des médicaments ;

    - réduire les tarifs des prestataires de soins (médecins, etc.),

    - etc.

    Ouf ! Croirait-on que des socialistes puissent tenir pareil langage ? Or, c'est bel et bien Didier Migaud, un socialiste, qui préside cette cour...

    D'où la question : que peut-il bien se passer dans la tête d'un socialiste quand il entre à la Cour des compte ? Alors, deux possibilités.

    Soit l'idéologie cède le pas devant la réalité, et une transmutation pragmatique s'opère dans le cerveau du socialiste. Soit il s'agit simplement de tacler le gouvernement, son ministre du budget ayant affirmé au contraire que tout était en ordre pour le retour à l'équilibre budgétaire en 2016...

    Je ne sais quoi répondre, mais une chose me laisse songeur : s'il faut attendre qu'un socialiste entre à la Cour des comptes pour être plus réaliste...


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  • L'outrance de la charge discrédite d'emblée son auteur.

    Reductio ad hitlerum

    Obtuse bonne conscience

    Amalgame racialiste

    Tous les ingrédients du terrorisme habituel de la gauche ramassé en un seul discours... Chapeau l'artiste !


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  • En Suisse, selon une étude, 44 des 300 plus grandes fortunes sont des Français expatriés ; c’est un patrimoine total de 30 milliards d’euros… Surtout, c’est 27 exilés de plus qu’il y a dix ans : les riches Français recommencent à partir…

    La Suisse, le Royaume-Uni, la Belgique profitent allègrement de la traque fiscale qu'on pratique en France contre les riches. Un article du Monde révèle que de plus en plus de Français fortunés envisagent de partir. Le signal de départ fut donné par la suppression du bouclier fiscal, puis par la hausse des prélèvements décidée par Fillon.

    La droite n'a donc toujours rien compris. Rien a attendre non plus de la gauche. L'éventualité d'une victoire de Hollande renforce encore les velléités de départ. N'a-t-il pas dit vouloir supprimer l'allègement de l'ISF, taxer comme les revenus du travail les dividendes et les intérêts, augmenter de 45% à 46% la tranche marginale sur les hauts revenus instaurée par Sarkozy ?

    Tant d'imbécilité confond.

    On traite les riches comme de simples vaches à phynances, trahissant une totale méconnaissance de l'économie, de son fonctionnement et du rôle qu'ils y jouent. On sait pourtant les effets pervers de ce genre de politique.

    1. Les délocalisations fiscales s'accroissent et concernent des entrepreneurs de plus en plus jeunes (c'est vrai que l'État les remplacera avantageusement, hein).

    2. L'exil fiscal ainsi créé, qui touche également les entreprises, est nuisible à la croissance économique (c'est vrai qu'en période de crise, ce n'est pas grave).

    3. La matière fiscale s'amenuise avec l'augmentation de la pression fiscale (ici, mais on accusera l'égoïsme des fortunés).

    4. La hausse des taxes réduit le PIB (voir lien ci-dessus, mais on accusera le capitalisme d'accroître la misère générale).

    Pendant que la France fait fuir ses riches, la Suisse, elle, a empoché 668 millions de francs en 2010, grâce à 5500 exilés accueillis (dont 2000 Français)...  The Economist (voir ici aussi) réfléchit posément à ces questions (tout en donnant un mode d'emploi pour soutirer plus d'argent aux riches). Ça ne ferait pas de mal qu'on fasse pareil en France !


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  • Il est civilisé de parler de civilisation.

    Il faut quand même que la gauche apprenne à discuter sereinement.


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  • Les contestations soulevées par Guéant ne retombent pas. C'est proprement hallucinant que des propos anodins prennent pareille ampleur !

    Bien entendu, du haut de sa suffisance morale, la gauche reproche à Guéant une manœuvre électoraliste visant les électeurs du Front national ; car la gauche, elle, n'a pas d'arrières pensées électoralistes en nourrissant la polémique, bien sûr.

    Ce qui est extraordinaire, c'est que la gauche reproche précisément à l'extrême-droite son rejet des droits de l'homme, auxquels Guéant a pourtant exprimé son attachement... Comprenne décidement qui pourra !

    Que le gauche soit ridicule, cela apparaît si on décompose l'affaire. En quatre temps :

    1. Guéant affirme que toutes les civilisations ne se valent pas ;

    2. Guéant affirme qu’il faut protéger notre civilisation ;

    3. la gauche accuse Guéant de racisme ;

    4. la gauche réagit par pur antiracisme primaire.

     

    1.

    Pour juger, il faut un critère. Celui de Guéant est les droits de l’homme. Franchement, où le scandale se niche-t-il ?

    2.

    Guéant suppose que la civilisation occidentale fait partie de celles qui ont les droits de l’homme comme valeur fondamentale ; pour cette raison, il faut la défendre contre le relativisme de la gauche. On voit donc qu'il prend simplement position dans le débat sur le multiculturalisme.

    On lui objecte que des Occidentaux ont allègrement violé ces valeurs par le passé (et certainement) encore aujourd’hui. Certes, c’est indéniable.  On peut discuter de l’emploi du terme civilisation, de sa définition, de l'usage du notre, de savoir si l’occidentale se construit bien sur les droits de l’homme. Ce sont des questions difficiles et intéressantes, pas une matière à pareille polémique.

    On voit les préventions : assimiler la civilisation occidentale aux droits de l’homme, n’est-ce pas s’interdire tout regard critique sur elle ? C’est un risque, non une réfutation.

    3.

    Il se peut que Guéant soit un répugnant raciste. Mais son propos ne l’est pas nécessairement, à moins de lui faire un procès d’intention (matière dans laquelle la gauche est passée maîtresse). On notera d’ailleurs que son propos n’a pas débouché sur une hiérarchisation précise des civilisations, comme on faisait des races au XIXème siècle.

    Au final, il s'agit culture. Or, la culture n’est pas déterminée par la biologie, c’est une conception racialiste que de croire le contraire. Peut-être que Guéant pense ainsi, mais il faudrait en faire la preuve ferme, sans quoi c’est encore du procès d’intention. Pour l’heure, c’est plutôt la gauche qui développe un raisonnement racialiste (parler de civilisation, c’est parler de race).

    4.

    On sait bien que, depuis les années 1980, c’est la stratégie de la gauche que d’instrumentaliser le racisme, non pour lutter contre lui, mais pour intimider la droite. La virtuosité avec laquelle elle manipule le mot race, jusqu’à en tordre le sens, en est une preuve éloquente.

    Cette posture, devenue mécanique et irréfléchie, la conduit à prendre des positions contradictoires : comment s’en prendre ainsi à quelqu’un qui affirme son allégeance aux valeurs que, vous-mêmes, vous dites défendre par ailleurs ? N’est-ce pas que, vous aussi, vous les jugez préférables ? Ou bien avouez-vous ne pas sincèrement les défendre ? Le procès d’intention en racisme rend la gauche aveugle à cette contradiction et à ce qu'elle peut sous-entendre.

     

    Enfin, cette pathétique affaire révèle deux choses. D’une part le terrorisme intellectuel et moral de la gauche est battu en brèche : à droite, sur le multiculturalisme du moins, on tient de plus en plus des discours de droite (que la gauche veut derechef assimiler à des discours d'extrême-droite). D’autre part, on voit la contamination par l'antiracisme instrumentale primaire d'une frange notable de la population. Et c'est bien dommage.


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  • Rue 89 publie un très intéressant papier dans lequel un jeune homme de 24 ans, Allain K, « retrace son apprentissage politique et son parcours militant » qui l'ont conduit du côté de Mélenchon.

    Intéressant parce qu'on y voit trois choses.

    1. La permanente confusion intellectuelle qui existe, à l'extrême-gauche, autour de la notion de fascisme - puisque, encore une fois, le FN est qualifié de fasciste, alors qu'on sait depuis les années 1980 que ce n'est pas le cas.

    2. Les effets de l'endoctrinement scolaire, même si ce n'est pas une cause unique, puisque notre jeune homme relate les encouragements pro-keynésiens de sa professeur de SES.

    3. Le problème démocratique que pose la surreprésentation des organisations de gauche et d'extrême-gauche, dans les lycées et universités, peu contrebalancées par des homologues de droite - ce qui laisse à la gauche des coudées très franches pour prendre en charge l'éveil politique de la jeunesse.


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  • « Née au début du XIXème siècle, la notion de libéralisme, à l'évidence, est étrangère à Montesquieu. »

    Robert Muller¹

    Montesquieu penseur libéral, c’est ainsi qu’il est généralement présenté. C’est le cas dans la culture scolaire dispensée par les manuels ; de Pierre Manent qui, dans son Histoire intellectuelle du libéralisme, écrit : « Montesquieu est libéral non seulement dans ses principes, mais encore dans son humeur ou dans son ton » (page 120) ; de Wikibéral, qui le classe comme libéral classique.

    On procède ainsi parce qu’il a parlé de la séparation des pouvoirs et de leur équilibre : « il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » (De l’Esprit des lois, XI, 4). Pareille sentence ne pouvait que plaire à ceux qui communient dans l’idée qu’un pouvoir limité est nécessaire ; sous ce rapport, Pierre Manent peut écrire que Montesquieu « fixe le langage définitif du libéralisme ». Montesquieu a aussi écrit que  « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix » (De l'Esprit des Lois, XX, 2), et Philippe Simonnot put lui consacrer la cinquième de ses 39 leçons d'économie contemporaines. Mais cela en fait-il pour autant un libéral ?

    Il est étonnant, par exemple, de voir que Philippe Némo, dans sa monumentale Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, classe le philosophe parmi les penseurs de droite « adversaires de la tradition démocratique et libérale » (quatrième partie, chapitre 2). C’est que la modération, à laquelle Montesquieu convie le gouvernement, vise la monarchie absolue… au profit de l’aristocratie.

    On a alors parlé de libéralisme aristocratique, mais qu’est-ce qu’un libéralisme qui se réserve à une frange de la population ? Jamais Montesquieu ne théorise, décrit ou adhère à des droits individuels identiques pour tous, ce que nous appelons aujourd’hui les droits de l’homme. En revanche, il défend les privilèges de la féodalité et les corps intermédiaires de l’Ancien Régime.

    Par certaines de ses idées, Montesquieu a certainement sa place dans la genèse du libéralisme tel que nous le comprenons aujourd'hui. Mails il n'est peut-être pas, à proprement parler, un libéral.

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    ¹ Robert Muller, « Montesquieu libéral ? », in Marianne et Le Magazine littéraire, hors-série de janvier-février 2012, page 44.


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